C’est au Château d’Aigle, en plein vignoble du Chablais, que le Musée de la vigne et du vin a trouvé le lieu idéal où préserver près de 2000 ans d’histoire et de patrimoine.

Si la présence humaine est attestée à Aigle depuis environ 3500 ans, ce n'est que depuis les débuts du deuxième millénaire de notre ère que l'on peut suivre l’histoire de la ville.
Ville savoyarde, dotée de franchises municipales dès 1232, Aigle était divisée en plusieurs fiefs qui dépendaient de plusieurs familles nobles ainsi que de l'Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune. On peut citer la famille de Allio, ou d'Aigle, qui donna son nom à la ville et qui construisit le château. On trouve aussi la famille de Saillon, qui acquit des Comtes de Savoie certains droits sur Aigle en échange de leur château d'origine. On rencontre encore les familles de Vallise et de Chivron qui ont donné leur nom à des lieux-dits de la commune.
Aux alentours des 14e-15e siècles, la Seigneurie d'Aigle passa par mariage de la famille de Saillon à la famille de Compey, originaire du Genevois.
De 1434 à 1476, le Seigneur d’Aigle fut Jean II de Compey. Il s'était fait une réputation sulfureuse et avait attisé la haine profonde de la noblesse savoyarde pour avoir été l'un des favoris de la Duchesse Anne de Lusignan, épouse de Louis Ier de Savoie. Après avoir été victime d'une tentative de meurtre, Jean de Compey se vengea de terrible manière en faisant assassiner plusieurs nobles savoyards dont un certain François de Sales qui fut, dit-on, étranglé au château d'Aigle.
Les Guerres de Bourgogne qui opposèrent plus particulièrement les Suisses et leur allié Louis XI, roi de France, au Duc de Bourgogne Charles le Téméraire de 1474 à 1477 changèrent radicalement le destin d'Aigle. Territoire savoyard, et par là alliée à la Bourgogne, la région était un lieu de passage important. Des troupes mercenaires venant d'Italie franchissaient le Grand Saint-Bernard, faisaient halte à Aigle puis traversaient tout le Pays de Vaud pour rejoindre l'armée bourguignonne.
C'est pour faire cesser ce flux de troupes ennemies qu'en août 1475 des troupes Bernoises, avec l'aide d'hommes des Ormonts et du Pays d'Enhaut, descendent sur Aigle. Elles ravagent, dit-on, le quartier du Bourg puis investissent le château où se sont retranchés Jean de Compey et des mercenaires. On décide d'une trêve pendant la nuit, mais le Seigneur d'Aigle profite de l'obscurité pour s'enfuir. Au matin, furieux d'avoir été joués, les assiégeants prennent le château et l'incendient partiellement.

En 1476, après la défaite à Morat du Duc de Bourgogne et sa fuite au-delà du Jura, le Congrès de Fribourg attribue à la République de Berne l'actuel Chablais vaudois, sauf Villeneuve. Cette région devint un "Gouvernement" (unité administrative dirigée par un Gouverneur) dont le siège était au Château d’Aigle et qui fut la première terre francophone à faire partie de l'ancienne Confédération suisse.

De fin 1526 à début 1530 Aigle eut comme maître d’école et prédicateur, nommé par Berne, un certain Ursinus. Il s’agissait en fait du Réformateur Guillaume Farel qui prêcha d’abord dans la contrée pour convaincre les habitants de quitter le catholicisme. Dès l’adoption de la religion réformée par la République de Berne, à fin janvier 1528, Farel fut chargé d’imposer, en l’expliquant, la nouvelle religion à la population du Gouvernement d’Aigle. Il organisa le culte et la liturgie du pays pour les rendre conformes aux rites de Berne. Il eut encore la tâche de trouver des pasteurs pour les paroisses.
Aigle devint ainsi le premier territoire francophone à être officiellement protestant.

Pendant toute l'époque bernoise, la région d'Aigle avait une importance stratégique de par sa situation en face du Valais, qui était certes un allié de la Confédération mais qui était resté catholique.
En janvier 1798, les Aiglons, en même temps que le reste du Pays de Vaud, déclarèrent leur indépendance pour devenir membre à part entière de la République helvétique puis dès 1803 de la nouvelle Confédération helvétique.
Petit historique du bâtiment.
L'histoire du Château d'Aigle reste peu connue. Les travaux de restauration qui ont commencé dès 2002 permettront certainement de préciser de nombreux points encore obscurs.

Cependant, nous pouvons préciser que le Château d’Aigle a été construit, probablement à la fin du 12e siècle, par la famille des Chevaliers d'Aigle, ou de Allio. A l’origine ce n’était qu’une tour fortifiée ou forcia, mais très rapidement elle fut entourée de divers corps de bâtiments et d’une muraille.

Partiellement incendié par les Bernois et leurs alliés lors de leur conquête de la région en 1475, le château fut reconstruit et transformé par eux dès la fin des années 1480. L’élément le plus marquant du château actuel, la Tour carrée, fut édifiée à cette époque pour remplacer une tour ronde. Aux siècles suivants, l’ensemble fut peu à peu modifié pour devenir non plus un simple château-fort mais la résidence prestigieuse des Gouverneurs bernois.
Après la Révolution vaudoise de 1798, il fut acquis par la Commune d’Aigle qui en fit dès 1804, le siège du tribunal et des prisons de district et ce jusqu’en 1972. Il accueillit aussi l’hôpital d’Aigle de 1804 à 1832.
De 1971 à 1992, treize étapes de restauration ont permis de donner aux bâtiments leur aspect actuel. Le château d'Aigle est ainsi devenu un lieu de culture et de convivialité puisqu'il accueille le Musée de la vigne et du vin et trois salles pour réceptions, banquets et séminaires.

Graffito dessiné par un prisonnier dans une des anciennes cellules du Château d'Aigle